Commode Louis XVI à encadrements estampillée Cramer et Dautriche1 sur 4 photos

Commode Louis XVI à encadrements estampillée Cramer et Dautriche

90 000 €

A propos de

Grande commode à encadrements par Cramer et Dautriche, de forme rectangulaire à ressauts et pans coupés, en acajou et placage d'acajou. Elle ouvre par cinq tiroirs, dont deux sans traverse, et présente une riche ornementation de bronzes finement ciselés et dorés tels que : frises de rinceaux feuillagés, rosaces, encadrements à rangs de perles, dards et rais de cœur, entrées de serrure à cartouche, macarons, anneaux de tirage et sabots feuillagés. Dessus de marbre blanc veiné gris. Époque Louis XVI vers 1770 - 1780. Double estampille de Cramer et Dautriche. La commode que nous présentons est le fruit d'une collaboration entre deux très grands ébénistes : l'un, Jacques van Oostenrijk, dit Dautriche, qui en est l'auteur, et l'autre, Mathieu-Guillaume Cramer, qui la commercialisa.

L'on sait, en effet, que, quelques années seulement après son accession à la maîtrise, Mathieu-Guillaume Cramer s'installa rue du Bac, comme Marchand-Ebéniste et c'est à ce titre, qu'il fit travailler certains de ses confrères, comme Jacques Dautriche notamment, et dont les noms sont cités dans la liste de ses créanciers pour fournitures livrées. Notre commode se distingue par un dessin général sobre, mais parfaitement équilibré, ainsi que par la mise en valeur de ses panneaux d'acajou, à l'aide d'un décor de bronze finement ciselé et doré, dans le plus pur esprit néoclassique. La production de Jacques Dautriche est marquée par des meubles de très grande qualité, parfois de chefs-d'œuvre, et traduit l'exceptionnelle capacité de l'ébéniste à s'adapter à l'évolution stylistique de son époque. Ainsi, la première partie de son œuvre est composée de meubles en marqueterie ornée de motifs géométriques ou, parfois, de fleurs, tandis que la seconde tend vers la nouvelle esthétique, dite néoclassique, en vogue dès la fin des années 1750 ou dans les premières années de la décennie suivante et dont l'aboutissement sera caractérisé par la production de meubles en acajou à laquelle est rattachée notre commode.

Mathieu Guillaume Cramer (mort en 1794) est reçu Maître le 4 septembre 1771. Né en Allemagne dans l'ancien duché de Juliers, il vient à Paris où, quelques mois avant d'accéder à la maîtrise, il se marie avec la fille d'un de ses confrères, Isaac Edmond Collet. Son atelier, d'abord rue du Faubourg-Saint-Antoine, sera ensuite transporté rue du Bac. Il achèvera sa carrière le 31 mars 1790. On connaît de cet ébéniste quelques très beaux meubles de style Transition, dont le bureau à cylindre en bois de placage dit du roi de Sardaigne, entré au musée du Louvre par dation en 1973, et des commodes à ressaut marquetées de rosaces et d'entrelacs quadrilobés. L'une d'elles appartient au musée Nissim-de-Camondo, à Paris, deux autres semblables, à l'exception du plateau, curieusement orné de la même marqueterie, sont passées en vente à New York en 1986. La plus grande partie de l'œuvre de Cramer appartient cependant au style Louis XVI. Très rigoureusement architecturés, ces meubles, plaqués d'acajou, parfois de bois de rose voire de citronnier, sont compartimentés en panneaux que limitent souvent de fines baguettes de bronze doré. Il s'agit de commodes, de petites tables destinées à toutes sortes d'usages, de bureaux de différents types, y compris des petits bureaux de voyage démontables, de coiffeuses, de coffrets, de nécessaires de toilette, etc. Quelques modèles sont aussi décorés de marqueterie, en particulier de guirlandes de fleurs sur fond clair qui peuvent évoquer la technique de Topino. On sait par ailleurs que Cramer comptait parmi ses collaborateurs, le célèbre Compigné, qui orna certains de ces meubles de peintures sous verre, notamment une table ovale en acajou avec une vue du Palais -Royal (coll. Félix Doistau, vente à Paris en juin 1909, n° 328).

Jacques Van Oostenrijk dit Dautriche (mort en 1778) est reçu Maître le 24 mai 1765. Natif des Pays-Bas, il vient à Paris au début des années 1740 pour travailler d'abord comme ouvrier libre. Établi rue Traversière puis rue du Faubourg-Saint-Antoine, il acquiert bientôt une grande réputation de marqueteur et obtient des commandes pour diverses demeures royales ainsi que pour le comte d'Artois. Il estampille ses œuvres de son nom francisé. Après sa mort, sa veuve et son fils, Thomas-Jacques, continueront de diriger quelque temps son atelier. Dautriche a réalisé quelques meubles Louis XV : des commodes, des petits bureaux, dont un bureau à cylindre au placage compartimenté de filets entrelacés, tablette d'entrejambe avec grillage (L. 99.5 cm), présenté à l'exposition des Grands Ébénistes, en 1955-1956 au musée des Arts décoratifs (ancienne collection Cassel van Doorn et Espirito Santo), ainsi qu'une belle table mécanique à plateau coulissant dégageant un tiroir écritoire, marquetée de paysage, chutes d'angle à tête de vieillard, L 82 cm (vente à Monaco, 25 novembre 1979 ; coll. Claude Cartier). Mais l'essentiel de la production de Dautriche appartient au style Transition et au style Louis XVI, en particulier des commodes à ressaut, des secrétaires, ainsi que des meubles à hauteur d'appui et des encoignures, assez typiques par leur puissante architecture à pilastres cannelés. Ce sont surtout ses marqueteries à motifs géométriques qui, sans lui être exclusives, caractérisent sa manière. Il marque en effet une nette prédilection pour les cubes, les cercles imbriqués, les treillages, les octogones, les losanges contenant des quatre-feuilles. Ces divers motifs sont disposés habituellement en panneaux que limitent des filets de marqueterie ou de rigoureuses baguettes de bronze. Plusieurs d'entre eux se côtoient parfois sur un même meuble, notamment sur des commodes Transition (vente Ashburnham, Londres, 26 juin 1953 ; palais Galliera, 5 décembre 1974 ; Sotheby's, Monaco, 15 juin 1981...). Dautriche a aussi utilisé, mais moins fréquemment, des marqueteries de fleurs, voire des décors de laque ou de vernis dans le goût chinois (pour ses commodes Louis XV en particulier), ainsi que des placages de bois de rose et surtout d'acajou, principalement sur des meubles Louis XVI. On connaît un certain nombre de meubles de ce style (commodes, secrétaires en acajou à baguettes de bronze) qui reposent sur des pieds fuselés à cannelures torses. Les bronzes sont généralement assez discrets. En dehors des encadrements et des chutes, culs-de-lampe et rosaces classiques, Dautriche affectionne les frises de postes et les frises d'entrelacs, dont il orne la ceinture de ses meubles.

Caractéristiques

  • Epoque :18ème siècle
  • Origine :France
  • Matière ou technique :Acajou
  • Dimensions :133 x 92.5 x 65 cm (Largeur x Hauteur x Profondeur)
  • Référence :2728

Etat de conservation

Très bel état

Bibliographie

Les Ébénistes du XVIIIe siècle, leurs œuvres et leurs marques par François de Salverte, Paris, 1962. L'Art et la Manière des Ébénistes français au XVIIIe siècle par Jean Nicolay, Éditions Pygmalion, 1976. Le Mobilier français du XVIIIe siècle par Pierre Kjellberg, Les Éditions de l'Amateur, 2002. Les Ébénistes Français de Louis XIV à la Révolution par Alexandre Pradère, Paris - 1989.

Muséographie

Le Comte François de Salverte, dans son ouvrage sur les ébénistes du XVIIIe siècle, mentionne une commode comparable qui se trouvait dans la collection du Baron de Beurnonville, décrite comme : une commode de ce genre reposant sur des pieds à cannelures obliques et garnie de bronzes dans la manière de Thomire, et un secrétaire analogue, orné d'une jolie frise à poste, dans la collection de Madame Becq de Fouquières. Une commode en acajou, réalisée dans le même esprit, offrant des pieds fuselés similaires rehaussés de profondes cannelures torses, passée en vente à Paris en juin 1936, est reproduite dans l'ouvrage de Jean Nicolay (pages 128, figure B). Plus récemment, on nous signale l'existence d'une commode à architecture similaire ornée de mêmes pieds, dans la collection d'un grand amateur à Paris.

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