Commode Louis XV par Mathieu Criaerd en laque européen1 sur 5 photos

Commode Louis XV par Mathieu Criaerd en laque européen

130 000 €

A propos de

Très belle commode attribuée à Mathieu Criaerd, d'époque Louis XV, vers 1750, de forme mouvementée, en laque européen. Elle ouvre par deux tiroirs sans traverse et repose sur des pieds cambrés à facettes. Elle est ornée d'un décor polychrome en vernis Martin sur fond noir à l'imitation des laques de Chine d'époque Kien-Long, à motifs d'oiseau, de tertres, de branchages fleuris et de fruits inscrits dans des filets. Elle présente une riche ornementation de bronzes finement ciselés, ajourés et dorés, dans l'esprit rocaille, telle que : cartouche central et encadrements formés de volutes et de contrevolutes feuillagées, dont certaines munies d'un ergot de tirage, culot, chutes d'angle, descentes de chute et sabots à ove. Dessus de marbre brèche d'Alep. D'un point de vue stylistique, les panneaux en vernis Martin à décor floral qui servent de décor à la façade et aux côtés de la commode que nous présentons, peuvent être rapprochés de ceux en vernis européen qui ornent deux commodes rattachées à l'œuvre de Bernard II Vanrisamburgh conservées à la Résidence de Munich (illustrées dans B. Langer, Die Möbel der Residenz München I, Die Französischen Möbel des 18. Jahrhunderts, Munich, 1995, p. 98-102, catalogue n° 16 et 17).

Toutefois, il convient d'attribuer le meuble proposé à Mathieu Criaerd qui employa régulièrement ce type de décor composé de grandes fleurs et de feuillages polychromes sur fond noir. Cet artisan semble également avoir privilégié le vernis européen aux laques de l'Orient beaucoup plus onéreuses. Parmi les commodes de Criaerd réalisées dans le même esprit, nous pouvons mentionner notamment un premier exemplaire vendu à Paris, chez Ader-Picard et Tajan, le 28 novembre 1972, (lot 151) ; un deuxième passé en vente chez Christie's, Londres, le 9 décembre 2004, (lot 200) vendu pour la somme de 195 000 Livres (photos de ces deux meubles jointes). Enfin, citons particulièrement une commode vernie à l'imitation des laques de Coromandel anciennement dans la collection Accorsi à Turin (reproduite dans P. Siguret, Le Style Louis XV, Fribourg, 1965, p. 56) ; ainsi qu'une seconde en placage de bois laqué conservée au Musée du Louvre (voir D. Alcouffe, A. Dion-Tenenbaum et A. Lefébure, Le mobilier du musée du Louvre, tome 1, Dijon, 1993, p. 152, catalogue n° 46).

Mathieu Criaerd (1689- 1er février 1776), reçu Maître ébéniste le 29 juillet 1738, figure parmi les plus importants artisans en meubles parisiens du milieu du XVIIIe siècle. Issu d'une dynastie d'ébénistes dont il est le membre le plus brillant, il acquiert ses lettres de maîtrise en juillet 1738, puis installe son atelier rue Traversière-Saint-Antoine. En 1763, au décès du célèbre Jean-François Oeben, il apparaît dans la liste des créanciers de l'ébéniste ; il semble également avoir collaboré avec le grand marchand mercier Thomas-Joachim Hébert. Établi rue Traversière-Saint- Antoine, le frère cadet d'Antoine Criaerd reste, sans nul doute, le membre le plus brillant et le plus prolifique de cette famille d'ébénistes. Il est probable qu'il a travaillé pour Jean-François Oeben puis-qu'au décès de ce dernier, en 1763, il figurait parmi ses créanciers. Il fournit également le marchand mercier Hébert. Après la mort de sa femme, en 1767, il mettra fin à son activité et cédera son atelier à son second fils, Sébastien Mathieu, qui se limitera au commerce.

Des meubles Louis XV de très grande qualité, de fabrication très soignée, de formes élégantes, sont sortis de l'atelier de la rue Traversière. Parmi eux, de très nombreuses commodes qui, à elles seules, offrent un panorama presque complet de l'évolution du style et des différentes modes de décoration du mobilier durant la première moitié du XVIIIème siècle. Les premières commodes de Mathieu Criaerd, droites ou cambrées en tombeau se rattachent aux modèles Régence. Plaquées tantôt de bois sombres (palissandre, amarante), tantôt de satiné, elles sont ornées de s bronzes classiques utilisés au début du siècle. Les modèles Louis XV les plus simples présentent deux tiroirs avec, puis sans traverse apparente, et sont plaqués de bois de violette ou de bois de rose avec des bronzes également de série. Mais sur certains de ces modèles, des bronzes beaucoup plus ouvragés, d'une rare finesse de ciselure, font leur apparition, particulièrement mis en valeur par le fond de placage uni. Très remarquables en cette catégorie étaient les qu atre commodes commandées par l'ébéniste attitré du Garde-Meuble, Gilles Joubert, pour le rendez-vous de chasse de la Muette près de Saint Germain-en-Laye. L'une d'elles, portant un numéro d'inventaire qui a permis de l'identifier, a été, par deux fois, présentée en vente, à Paris en 1973, à Londres en 1985. Second volet dans l'œuvre de Criaerd : les commodes ornées sur toutes leurs faces de marqueterie de satiné et d'amarante à motifs de croisillons. Un très riche et très typique décor de bronzes s'y déploie, fait de minces rinceaux , de feuillages, de guirlandes, dessinant au centre un large cartouche aux formes contournées des plus harmonieuses. Abondante mais jamais chargée, cette garniture de bronze est toujours admirablement ciselée. Il existe plusieurs commodes de ce type, presque identiques. L'une d'elles se trouve à Versailles dans le cabinet du Dauphin, fils de Louis XV. Une autre faisait partie de l'ancienne collect ion Jane Demarsy, dispersée à la galerie Charpentier le 17 février 1937 (n° 100) ; une troisième, non signée (L. 166 cm), a été vendue à Paris en 1985 ; deux autres encore sont signalées au château de Regensburg, en Allemagne. Enfin, une commode presque semblable mais pourvue de bronzes plus épais et plus abondants est passée en vente au palais Galliera le 20 juin 1968.

On retrouve sur les commodes ornées de chatoyantes marqueteries florales ces mêmes bronzes qui les mettent habilement en valeur sans en gêner le déploiement. Il en est de même pour les décors de laques de Chine ou de vernis européens dans le goût extrême-oriental dont Mathieu Criaerd fait grand usage. Il en résulte toute une série de commodes, certaines d e petites dimensions, les autres plus larges, mais toutes somptueusement ornées et parées de bronzes, qui constituent l'aspect le plus caractéristique de sa production. Un de ces meubles et non des moindres, une commode en laque polychrome et or, avec l'habituel décor de bronzes rocailles, fait partie de la donation Grog-Carven au musée du Louvre.

Il faut signaler une commande exceptionnelle de meubles décorés en vernis Martin, mais cette fois dans le goût français. Il s'agit d'une commode, d'une table à écrire et d'une encoignure livrées par le marchand Hébert pour la chambre de Mme de Mailly au château de Choisy : Du 29 janvier 1743. Livré par le Sr Hébert, pour servir dans l'appartement meublé de moire bleu et blanc au château de Choisy (...), une encoignure de même vernis fond blanc peint de fleurs, plantes, oiseaux, ornements bleus (...). Un gradin de même vernis fond blanc à trois tablettes.

La table à écrire a disparu ; la commode également, qui se trouvait avant la guerre dans l'hôtel Rothschild de la rue Saint-Florentin à Paris. Seule l'encoignure, sans son gradin, est aujourd'hui connue. Ce meuble exquis, garni de chutes et de sabots en argent ciselé, avait été transporté au château de Fontainebleau lors de la Restauration, puis vendu. On le retrouve chez un grand antiquaire de Tours, puis dans la collection du grand amateur Richard Penard y Fernandez. Il appartient désormais au musée du Louvre. Les quelques autres meubles réalisés par Mathieu Criaerd, principalement des bureaux de pente, des coiffeuses, des petites tables, des bureaux plats, semblent figurer de façon un peu accessoire dans sa production. Ils sont, dans l'ensemble, beaucoup plus simples, ornés de placages unis ou de marqueteries à croisillons, rarement de laque, et pratiquement dépourvus de bronzes.

Caractéristiques

  • Epoque :18ème siècle
  • Origine :France
  • Ebéniste :Mathieu CRIAERD
  • Matière ou technique :Bois verni Laqué
  • Dimensions :130 x 88 x 63 cm (Largeur x Hauteur x Profondeur)
  • Référence :2789

Etat de conservation

Très bel état

Bibliographie

Le Meuble Français en laque au XVIIIe siècle, Thibaut Wolvesperges, Les Éditions de l'Amateur, Paris - 2000. Le Mobilier Français du XVIIIème Siècle, Pierre Kjellberg, Les Éditions de l'Amateur - 2002. Les ébénistes du XVIIIème siècle, Comte François de Salverte, F. De Nobele, Paris - 1962. Die Möbel der Residenz München, Die französischen Möbel des 18. Jahrhunderts, Brigitte Langer, Prestel - 1995. Les bronzes d'ameublement du Louvre, Tome I, Daniel Alcouffe, Anne Dion-Tenenbaum, Gérard Mabille, Éditions Faton, Dijon - 2004. Les Secrets de la Laque française, Le vernis Martin, Les Arts Décoratifs, Paris - 2014. Le Style Louis XV, Philippe Siguret, Fribourg - 1965.

Muséographie

Provenance, collection particulière (acquise lors d'une vente au Palais des Beaux Arts à Bruxelles, le 13 décembre 1979, lot n° 684).

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