Bureau plat Régence par Noël Gérard en amarante1 sur 9 photos

Bureau plat Régence par Noël Gérard en amarante

Collection privée

A propos de

Grand bureau plat à caissons par Noël Gérard, à double face, de forme rectangulaire, en placage d'amarante. Ce meuble d'époque Régence ouvre par trois tiroirs en ceinture, dont un en retrait, et repose sur des pieds cambrés à facettes. Il présente une très riche ornementation de bronzes ciselés et vernis, telle que : galerie, moustaches, poignées tombantes à espagnolettes, entrées de serrure, chutes d'angle à tête de femme, motifs allégoriques symbolisant l'astronomie et sabots feuillagés en chausson. Dessus gainé de cuir rouge patiné. Mobilier du début du 18ème siècle.

Meubles inédits pour l'époque et meubles de luxe, par excellence, les bureaux plats d'un tel format sont, le plus souvent, des meubles de commande. Seulement trois ou quatre ébénistes parisiens de renom sont capables de réaliser ce type de meuble dans les années 1720. Au regard de ses dessins et planches, André-Charles Boulle serait le véritable précurseur du bureau plat. Ce meuble suit une lente évolution, d'environ une quinzaine d'années, depuis le bureau Mazarin à huit pieds pourvus d'entretoises, à son successeur, plus grand et un peu plus haut, sans entretoises, jusqu'à notre modèle, qui se trouve allégé par la présence de quatre pieds seulement. André-Charles Boulle et Charles Cressent, tous les deux sculpteurs-fondeurs, laisseront une empreinte majeure quant aux ornements de bronze. Les chutes de notre bureau, ornées d'une tête de femme, sont une variante des têtes de satyre innovées par Boulle et des chutes à tête d'indienne créées par Cressent figurant souvent sur leurs bureaux. Noël Gérard est un ébéniste contemporain des deux maîtres précédents, certes moins connu, mais qui nous a laissé lui aussi des chefs d'œuvre. Les motifs allégoriques ornant notre bureau et figurant l'astronomie, sont très souvent utilisés par Noël Gérard. Des chutes à tête de femme proches des nôtres sont aussi connues sur d'autres bureaux de Noël Gérard. Un autre ébéniste du nom de Lieutaud est également à citer, car ce dernier a souvent utilisé les superbes sabots en chausson à feuilles d'acanthe, que nous retrouvons aussi dans la production de Noël Gérard. Lieutaud a lui aussi orné des commodes et des bureaux avec des chutes d'angle à tête de femme. Dans l'histoire du mobilier, le placage unique de bois d'amarante correspond à une période très courte dans la production du mobilier parisien. On situe la durée de cet usage à environ 5 années autour de 1720.

Le bâti en résineux (essence utilisée pour notre bureau) est caractéristique des fabrications des ébénistes parisiens pendant la Régence, habitude de construction héritée de la période Louis XIV. Quelques années après les bâtis seront réalisés en chêne. L'utilisation du noyer pour la construction des tiroirs de notre bureau témoigne, d'une part, d'un travail bien parisien et, d'autre part, d'un travail très soigné correspondant à un meuble de commande. Sur des bureaux ordinaires, les tiroirs sont soit en chêne, soit en peuplier grisard. Nous pouvons ajouter que le noyer de notre bureau est très caractéristique, il est tôt d'époque : avec la pénurie du noyer consécutif au grand gel de l'année 1709, le noyer sera remplacé par le chêne, dans les années suivantes.

Estampillé du monogramme de Noël Gérard (avant 1690 - 1786), ébéniste actif vers 1710-1736. Né sans doute avant 1690, Noël Gérard était le fils de Nicolas Gérard et de Marguerite Montigny, sœur de Claude Montigny (le grand-père de Philippe-Claude Montigny). A la mort de Nicolas Gérard, sa veuve s'était remariée avec Louis Dubois et elle eut comme enfant de cette seconde union en 1694, Jacques Dubois, le célèbre ébéniste, qui était donc le demi-frère de Noël Gérard. Celui-ci devint apprenti en 1701 auprès de François Clabaux, demeurant rue du Faubourg-Saint-Antoine, locataire des maisons Au nom de Jésus et A la levrette. Il se maria le 14 décembre 1710 avec Marie Colin, la veuve d'un - menuisier en ébène - du nom de Jean Chrétien. Noël Gérard devint ébéniste et marchand. Vial le signale installé en 1719 rue du Faubourg-Saint-Antoine à l'enseigne du Cabinet-d'Allemagne. Il promit cette année-là à l'abbé Le Camus un bureau de travail à pieds de biche. Ses affaires prospérant, il s'installa bientôt dans le somptueux hôtel du financier Jabach situé rue Neuve-Saint-Merry à l'angle de la rue Saint-Martin, dans le quartier de la finance et du commerce de luxe. En plus de ses activités d'ébéniste, il devint alors l'un des plus grands marchands-merciers de Paris. Sa clientèle comptait aussi bien le roi de Pologne, Stanislac Leszczynski (qui lui acheta des tapisseries), qu'un prince du sang comme le compte de Clermont (qui lui devait en 1734 la somme de 139 672 L) ou des présidents à mortier du Parlement de Paris comme Gabriel Bernard des Rieux (qui lui devait 4 800 L en 1735) et le président Molé (1 110 L). On trouve également parmi ses clients le comte de Watteville, le chevalier d'Erlac, colonel des Suisses, le fermier général Le Riche de la Popelinière, le duc de Bauffremont, le prince de Carignan, M. Lenormand, avocat au Parlement , le comte de Gomecourt, un M. Gaultier, Lollin, Gabriel, Guiral de Beaulieu, et M. de Blanchefort. Les ambassadeurs étrangers se meublaient aussi chez Noël Gérard ; l'ambassadeur d'Espagne, le marquis de Castellas lui devait 108 000 L, de même que son secrétaire, don Ferdinand de Trevigno, qui lui devait pour plus de 4 000 L de meubles. L'ambassadeur d'Angleterre, Mylord Wadgrave, acheta pour plus de 2 200 L de meubles chez lui en 1733.

Par ailleurs, on sait que Noël Gérard faisait appel à d'autres ébénistes pour lui fournir des bâtis de meubles. Il faisait ainsi travailler l'ébéniste Charles Bernouville, avec lequel il eut un différend en 1713 au sujet de deux bibliothèques défectueuses. En 1721, un différend l'opposa à l'ébéniste Jacques Dieufait qui lui fournissait des bâtis de commodes au prix de 7 L 8 sols pièce. Noël Gérard mourut en pleine activité au printemps 1736. Son inventaire après décès établi à partir du 17 août 1736, dans l'ancien hôtel du financier Jabach qu'il occupait, révèle un stock considérable de tout ce qui touche à l'ameublement. L'inventaire interminable est tour à tour celui d'une boutique d'ébéniste, de tapissier, d'antiquaire, de quincaillier, de marchand de tableaux, d'armes, de miroirs et de luminaires. Ajoutons à cela des activités de marchand de bois : l'inventaire se conclut par la liste des stocks de bois que Noël Gérard possédait entreposés sur le quai de la Rapée (près de 7 000 planches). L'ensemble des actifs est évalué à la somme de 565 000 L.

Dans l'atelier, 7 établis garnis de leur outillage sont décrits ainsi que d'importants stocks de bois exotiques, preuve que Noël Gérard maintenait bien son activité première d'ébéniste. La liste de ces bois donne une indication intéressante de leurs prix respectifs à l'époque. L'ébénisterie représente, outre 80 pendules, plus de 150 pièces à divers stades de finition. Les pendules constituent donc le tiers de la production globale de l'atelier. Parmi les meubles d'ébénisterie, les commodes sont des plus nombreuses : on en compte 38, estimées environ à 100 L chacune, dont 16 commodes en tombeaux et 7 commodes à la Régence. Le palissandre est le bois le plus utilisé sur les commodes (13) suivi par le bois de Cayenne (7) et le bois de violette (6). Dans la chambre de Noël Gérard, la commode est en bois noirci à filets de cuivre. A par les commodes, l'atelier produisait surtout, des bureaux plats (au nombre de 23, en bois noirci, en bois de violette ou en amarante) ainsi que des encoignures (au nombre de 14 dont 6 en amarante, 2 en palissandre et 2 en bois de Cayenne). Plusieurs de ces encoignures sont hautes, ouvrant à 2 guichets par le bas et 2 autres petits guichets dans le haut, avec parfois un tiroir au milieu ou un compartiment ouvert à dessus de marbre. Leur prix varie entre 24 L pour une paire d'encoignures basses et 300 L pour une paire de hauts coins de bois d'amarante. Quelques tables à jeux sont décrites (trictrac en amarante ou table de quadrille), mais visiblement cela ne constituait pas la spécialité de Noël Gérard. Aucun meuble de laque n'est mentionné, mais on trouve une quantité de cabarets ou plateaux de cabarets en bois verni de la Chine ou bois des Indes. L'inventaire dénombre également 11 secrétaires, meubles alors en vogue, ainsi que 8 serre-papiers et autant d'armoires. Les bibliothèques, tant hautes qu'à hauteur d'appui, sont au nombre de 13, dont 4 en marqueterie à fond d'écaille, 3 en bois noirci et 2 en amarante.

Les meubles estimés les plus chers au cours de l'inventaire sont :

N° 155 - Deux grandes armoires de marqueterie en écaille à deux grands battants au devant et des petits battants aux deux côtés de chacune, le tout orné de figures de bronze doré d'or moulu, prisées 4 000 L.

On trouve aussi deux lustres de Boulle :

N° 250 - Un lustre à 8 branches représentant une renommée de bronze doré d'or moulu, prisé 450 L.

N° 286 - même description.

En plus de ces lustres, Noël Gérard proposait à sa clientèle de somptueux lustres de bronzes dorés ou de cristal de roche, aux prix très élevés (en tout une dizaine de lustres prisés entre 400 et 6 000 L pièce) ainsi que des porcelaines montées et des bustes de marbre. Noël Gérard possédait également un assortiment très vaste d'ouvrages de bronze : 41 paires de bras de lumière sont dénombrées, la plupart à 2 branches en cuivre doré d'or moulu, mais aussi en cuivre noir pour 17 paires, c'est-à-dire en attente de dorure, et en cuivre mis en couleur pour 4 paires seulement. Les chenets, au nombre de 42 paires sont mentionnés et certains sont parfois reconnaissables. Les modèles sont dits représenter : une salamandre, une chèvre, des chevaux, des enfants et chèvres, le loup et le sanglier, la fable du renard et la cigogne, la chasse, un aigle, des dragons, un trophée, des rocailles et tête de lion, des dauphins, des fermes. Le magasin offrait aussi des flambeaux de cuivre doré d'or moulu ou de cuivre argenté, au nombre d'une vingtaine de paires avec 3 paires de girandoles. Noël Gérard stockait des quantités de garnitures de commodes de cuivre noir mais aussi des quantités d'ornement de bronze et de modèles comme on le voit à la fin de l'inventaire : 600 livres pesant de cuivre mitraille dépareillé, prisé 540 L ; 400 livres pesant de plombs et de modèles cassés, 60 L ; 200 livres pesant de fontes, prisées 80 L.

Il est probable toutefois qu'il ne contrevenait pas à la règlementation des corporations en faisant ciseler chez lui les bronzes destinés à ses meubles. On trouve en effet signalé dans l'inventaire, un état de marchandises établi entre Olivier de Rouvray et Louis Regnard tous deux maîtres ciseleurs à Paris demeurant rue des Arcis, par lequel Rouvray et Regnard auraient reconnu avoir entre leurs mains appartenant au sieur Gérard toutes les fontes des feux, pendules, pieds de girandoles et autres qu'ils se seraient obligés à bien réparer et ciseler au mieux moyennant le prix porté audit état. L'inventaire décrit enfin un véritable stock de tapissier ; des tentures entières de tapisserie de Bruxelles étaient offertes à la vente de même que des ameublements complets : plus de 100 sièges en bois doré ou en noyer, recouverts de damas ou de tapisserie, et près de 70 tables en console de bois doré à dessus de marbre.

Nous croyons pouvoir attribuer à Noël Gérard plusieurs meubles frappés de l'estampille N.G. et qui datent précisément des années 1720-1730. Ces meubles en ébène, en palissandre ou en amarante sont caractéristiques d'un style très particulier et permettent à leur tour d'attribuer à Noël Gérard tout un groupe de meubles jusqu'à présent anonymes. Ainsi, le bureau plat du musée de Toledo, estampillé N.G. permet d'attribuer plusieurs autres bureaux en ébène ou en amarante qui présentent la même découpe brisée en haut du pied et les mêmes bronzes : un bureau conservé à la bibliothèque de l'Arsenal à Paris, un autre conservé au musée national de Bavière, à Munich, un troisième à la Résidence de Ansbach et deux autres passés en vente récemment (vente Sotheby's Monaco, 22-05-1978, lot 242 et New York, 7-05-1983, lot 210). De la même façon la commode en palissandre vendue à Paris le 2 avril 1987, lot 133, est semblable à une commode du château de Longleat et à deux autres commodes en marqueterie Boulle, vendues dans le passé : l'une, vente Kotschoubey, Paris 1906, l'autre, vente Sotheby's Monaco, 23-06-1983, lot 290. Enfin, le bureau plat (vente Sotheby's Londres, 20-11-1964, lot 121) avec ses pieds exagérément saillants devrait permettre d'attribuer à Noël Gérard plusieurs commodes en marqueterie Boulle qui présentent la même caractéristique (vente Paris, 26-11-1979, lot 64, Maître Oger). Jusqu'à présent, les experts n'ont pas prêté attention à cette marque N.G., la prenant sans doute pour une marque de château. Il est probable que beaucoup d'autres meubles sont estampillés de cette façon et que de nombreuses découvertes restent à faire sur cet ébéniste.

Caractéristiques

  • Epoque :18ème siècle
  • Origine :France
  • Ebéniste :Noël GERARD
  • Matière ou technique :Marqueterie
  • Dimensions :179.5 x 77.8 x 84.5 cm (Largeur x Hauteur x Profondeur)
  • Référence :2795

Etat de conservation

Très bel état

Bibliographie

Le Mobilier Français du XVIIIe siècle, Pierre Kjellberg, Les Éditions de l'Amateur - 2002.
Les Ébénistes français de Louis XIV à la Révolution, Alexandre Pradère, Paris - 1989.
French Furniture Makers, Alexandre Pradère, Sté Nlle des Éditions du Chêne - 1989.

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